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"LOVE EXPOSURE - Ai no Mukidashi"

Croire à la Croix du Sexe

Désactivations des Dispositifs & Profanations politiques des Normes

dimanche 19 décembre 2010, par Aurélien MARION

Affiche du Film

« There’s always a war on and I’m the only one who knows it. An invisible war [...] » (Yoko)

Film de tous les excès (script de 350 pages, 300 scènes à tourner, 3h57 au final, etc.), film tourné dans l’urgence (deux mois, avec un budget restreint), film réalisé dans la souffrance (Sion Sono s’est mis en “danger” comme jamais ; les acteurs ont dû rechercher l’intensité maximale de l’émotion), Love Exposure est considéré comme l’œuvre la plus importante du cinéaste anarchiste nippon. En effet, elle noue tous ses thèmes de prédilections en une gigantesque problématique, artistique parce que politique et vice-versa : de quelles manières le site du sexe peut-il désactiver les dispositifs spectaculaires et la scène de l’amour peut-elle profaner les normes capitalistes ? comment le cinéma nous le fait-il éprouver et expérimenter ?

La brutalité elliptique de cette formulation lapidaire concentre la première impression (le choc) du film : notre commentaire tente d’organiser en pensées ce qui nous a bouleversé, clarifiant peu à peu la complexité rare des images, parfois incompréhensibles, comme les enjeux ici mis en mots. Commençons, par le début, avec l’approche du titre (par Agnès Giard) : “Le film s’intitule Love Exposure (Ai no mukidashi). On pourrait traduire plus joliment en français : ‘L’amour mis à nu’ [plutôt qu’exposé ou révélé]. Mukidashi signifie ‘franchise’ et ‘nudité’. Il peut sembler curieux que les Japonais associent une culotte à de la nudité. Mais c’est l’ultime rempart qui sépare la peau de l’oeil. [...] Elle concentre en elle tous les espoirs de rédemption.” Film associant ainsi l’amour à un concept ambigu philosophiquement et corporellement, le dévoilement du réel (présence franche, nudité des images), via le symbole de la culotte.

Structurellement, il est possible de synthétiser comme suit : dans la première heure (temps 1), Yu est en quête de l’érection amoureuse (liant d’emblée sexe et amour) ; dans la demi-heure suivante (temps 2 et 3), Koike est présentée comme un monstre trash devenu figure de “Church 0” et Yoko apparaît comme une nihiliste devenu féministe punk. Ce qui fait une heure et demi de nouage d’histoires complémentaires. Ensuite (temps 4), une heure et demi de dénouage en une double guerre : l’amour contre le Spectacle et la communauté contre Church 0. Métonymie de l’Empire capitaliste -totalitarisme globalisé en dispositifs de domination-, “Church 0” apparaît comme un précipité transparent (kitsch ?) de ce qu’il y a à désactiver et à profaner. De Church 0 à l’Empire, plusieurs niveaux de normes stratifient l’imaginaire soutenant (ou détruisant) les corps vivants de Yu, Yoko, Koike et les autres, présences tourmentées d’affects (et possédées par leurs représentations). Pour creuser davantage, voici les différents éclairages que nous adopteront :

I - Déconstructions du Monothéisme (chrétien). II - Destructions (équivoques) du Patriarcat. III - Profanations du Capitalisme (spectaculaire). IV - Transgressions sériées du sexe.

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